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Il est temps d’atterrir

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Il est temps d’atterrir, action d’Extinction Rebellion Lyon.

Pendant le mois de juin 2022, le groupe local d’Extinction Rebellion Lyon a mené une campagne contre l’industrie de l’aviation. L’objectif était de visibiliser les impacts environnementaux désastreux de ce secteur, mais aussi de montrer à quel point une petite minorité d’individus (spoiler : les riches) est responsable de la grande majorité de la pollution liée au transport aérien1.

Cette campagne s’inscrit dans la droite ligne des envahissements de tarmacs par différents collectifs écologistes (dont XR) en 20202 (nos voisin·es du groupe local d’XR Chambéry sont notamment devenu·es spécialistes du blocage de l’aéroport de Chambéry3) et plusieurs revendications sont partagées. Ces actions avaient donné lieu à un durcissement de la loi sur l’intrusion sur les tarmacs4. Plus récemment, des activistes de Greenpeace ont également repeint un avion de ligne en vert5.

Trois actions ont été réalisées sur Lyon : un affichage massif, un jet privé cloué au sol et une agence de voyage redécorée.

Nos revendications

  • l’interdiction des jets privés
  • la fin des vols intérieurs
  • un moratoire sur l’agrandissement ou la construction de nouveaux aéroports
  • la taxation du kérosène au même titre que les autres carburants
  • l’interdiction de la publicité pour le secteur aérien
  • le rétablissement de l’ISF

Alors que des revendications similaires étaient portées par la Convention Citoyenne pour le Climat6 et des partis d’opposition7, la majorité En Marche ! a toujours refusé de légiférer sur l’aviation.

Quelques chiffres sur l’aviation (privée)

  • 90% des terrien·nes (20% au niveau de la France) n’ont jamais pris l’avion
  • 1% des voyageur·ses est responsable de 50% des émission de CO2
  • 1 vol extra-européen par an suffit à dépasser le seuil d’émissions personnelles recommandé par le GIEC

Affichage massif !

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Dans la semaine du 6 juin, de nombreux.ses rebelles ont affiché, partout dans Lyon, des visuels donnant certains chiffres clés du secteur de l’aviation ; des tags au sol ont aussi été réalisés. On pouvait notamment y lire :

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Alors que de plus en plus de gens prennent conscience de l’impact environnemental de leur mode de vie et sont culpabilisé·es lorsqu’iels prennent l’avion, les plus riches continuent de se gaver, dans un discret ballet aérien qui pollue tout autant que l’aviation de ligne8. Cela donne lieu à quelques polémiques, notamment au sommet de l’État lorsque Jean Castex, qui ne connaissait sûrement pas le principe de la procuration, a pris un jet pour aller voter au premier tour des élections présidentielles9.


Action au salon de l’aviation privée à Bon !

🎞️ vidéo par @engrainage.media (Instagram)

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© engrainage.media

Le vendredi 10 juin, 7 rebelles se sont pointé·es au Salon France Air Expo10 afin d’en perturber le bon déroulement11. Ce salon est exclusivement dédié à l’aviation privée : des modèles d’avions de petite taille, type ULM, y côtoient des jets privés pour ultra-riches, ainsi que des modèles plus futuristes d’hélicoptères personnels. Évidemment, les prix ne sont pas notés sur les pare-brises, même si certain·es propriétaires y ont discrètement affiché leur numéro de téléphone (à bon entendeur…).

Premier aspect choquant du Salon : les participant·es sont venu·es… en avion !!12 En effet, des appareils provenant de Suisse ou d’Angleterre y sont présenté·es, avec tout le personnel de bord et les agent·es commerciaux·les. De même, pour les client·es, possibilité était donnée à l’inscription de réserver une place de parking pour jet privé. La pollution liée à la mise en place du Salon est tout à fait démesurée, pour un succès tout relatif : très peu de visiteur.euses, et le chat en ligne mis en place par un journaliste spécialisé a reçu beaucoup plus de commentaires de la part d’activistes arrivé·es en masse pour poser des questions innocentes comme “quel est l’avenir de l’aviation, avec le réchauffement climatique ?”, que d’authentiques passionné·es d’aviation. En effet, un appel national invitait les rebelles à intervenir en masse sur le chat ! Enfin, on pouvait compter au moins un stand de recrutement de la gendarmerie et un autre de la marine, entre les missions humanitaires puant le néocolonialisme et les assurances pour avion privé. Le Salon était sponsorisé par la crème de la crème en matière de multinationales écocidaires, avec Total13 et BP par exemple.

Une fois passée la fouille à l’entrée, qui était une vaste blague, les rebelles ont découvert leur cible : le plus gros jet privé en exposition, de l’entreprise Pilatus. Un coup de sifflet, et l’action démarre : un·e rebelle déclame un texte sur l’impact écologique de l’aviation privée, sous les yeux médusés des exposant·es et participant·es, pendant que d’autres rebelles aspergent l’avion de “faux pétrole”, et qu’une banderole et des fumigènes sont déployés avec l’inscription “On va droit vers le crash !”.

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Les militant·es sont rapidement interpellé·es par les forces de l’ordre et mis·es à l’écart, tandis que des exposant·es en costard empoignent chiffons et produits pour lustrer leur avion chéri… La prise d’identité est rocambolesque : les policier·es et membres du Salon font la queue pour photographier nos banderoles. En effet, une seconde banderole a été déployée en dehors du Salon, avec le texte “1% des voyageur.euses = 50% des émissions. Précaires : premiers concernés, derniers responsables.” Après un cafouillage entre police municipale, nationale, gendarmerie et police aux frontières (PAF), c’est cette dernière qui emporte la juridiction et embarque les 7 militant·es au commissariat de l’Aéroport Saint-Exupéry.

La garde-à-vue des 7 militant·es va durer 24h, avec comme motif “destruction d’avion en réunion par usage d’un produit dangereux”. Le “produit dangereux” est le faux pétrole, identifié à tort par le propriétaire de l’avion comme une huile corrosive / un acide qui empêche son avion de redécoller pour des raisons de sécurité. 3 militant·es seront finalement convoqué·es en procès en mars 2023 pour avoir jeté du faux pétrole (lavable à l’eau) sur l’avion.

Les rebelles n’étaient pas un public habituel pour le personnel du commissariat ; l’officière extrêmement agressive de service le vendredi le leur a bien fait comprendre. Leur travail usuel est plutôt d’expulser les migrant·es ou toute autre personne dont “la France ne veut pas” (sic). Iels ont conscience, malgré la restriction de liberté de 24h, les remarques sexistes, salaces et bien ancrées dans la culture du viol envers les personnes assignées femmes, d’avoir eu la chance d’avoir un profil privilégié : la police est toujours plus violente envers les personnes issues de minorités, les femmes, les pauvres.

En ce qui concerne l’entreprise Pilatus, propriétaire de l’avion redécoré et qui a porté plainte, nous attendons avec impatience ses arguments lors du procès. Un peu de recherche sur son site internet offre quelques pépites. L’entreprise est basée en Suisse (paradis fiscal)14, et un de ses partenaires commerciaux est basé au Panama (paradis fiscal)15. Nous avons constaté que cette entreprise, comme toutes les autres, met en avant ses actions humanitaires ou ses transports de malades lors de la pandémie de Covid-19 par jet privé (vous vous souvenez, c’était à l’époque où les infirmier·es utilisaient des sacs poubelle comme sur-blouses). Cependant, une lecture rapide des interviews de client·es présente un autre son de cloche : l’un d’entre eux est un propriétaire terrien (plusieurs milliers d’hectares) du Brésil, pour la culture de soja notamment16, un autre est PDG d’une holding et raconte sans honte17:

J’anticipe de voler jusqu’à 200h par an […], que ce soit pour les affaires ou pour le loisir avec ma famille.

Ces interviews sont la preuve, si il en fallait encore une, que l’aviation privée est une affaire de (ultra-)riches, un privilège de quelques-un·es (une heure de vol peut se chiffrer à 25 000 €), une activité encouragée par les États (construction/extension d’aéroports), détaxée (le kérosène est taxé à 40% de moins que l’essence) et qui pollue jusqu’à 14 fois plus qu’une ligne commerciale.


Action Icare !

🎞️ vidéo par @engrainage.media

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Dernière de la série, une action intitulée “Icare”, en référence à ce personnage grec qui s’est brûlé les ailes en volant trop près du Soleil, a eu lieu vendredi 17 juin. Cette fois-ci, c’est une agence du groupe Havas Voyages qui a été visée.

D’après son site internet, cette agence reconnaît elle-même que “nous ne voyageons plus aujourd’hui comme avant” et qu’il faut arrêter de vouloir “vendre à tout prix une destination”18. A-t-elle lu les rapports du GIEC, enfin ? Permettez-nous d’en douter : elle promeut notamment les croisières de luxe dont l’impact écologique est extrême19.

Des rebelles ont donc décidé de redécorer drastiquement l’agence de la rue Edouard Herriot avec du “faux sang” et du “faux pétrole”. De nombreux tags et affiches ont été apposés sur la devanture, on pouvait y lire “L’aviation tue notre avenir” ou encore “Zéro avion, zéro pollution”.

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L’action a soulevé l’indignation de Pierre Olivier, maire de Lyon 2 (droite), ainsi que de Laurent Abitbol (président de Havas Voyages)20. Le premier a souligné que “les méthodes de l’extrême gauche sont de plus en plus violentes et cela m’inquiète”, tandis que le second a soutenu que “le tourisme, c’est ce qui préserve la paix dans le monde !”, une déclaration aux relents nauséabonds de néocolonialisme. Ces propos ont été recueillis par LyonPeople, dans un article incendiaire qu’on a du mal à attribuer à un journal digne de ce nom. Extinction Rebellion y est notamment qualifié de “secte”, et les “écolo-gauchistes” en général, avec leur rhétorique “woke”, sont accusé·es de détruire l’image de Lyon et de saccager son patrimoine21. On sent bien le sel du bloc bourgeois qui s’inquiète de la remise en question de son mode de vie.


L’aviation (privée) est une activité socialement très inégalitaire : rappelons que pendant la pandémie de Covid-19, les 5 premières fortunes françaises ont doublé leur patrimoine22, faisant exploser la demande en jets privés1. C’est une activité extrêmement polluante qui bénéficie toujours de la bénédiction des pouvoirs publics9.

Nous clouerons leurs avions à Terre !!

Pour aller plus loin

Une vidéo de Brut (Youtube) sur la “honte de prendre l’avion” chez les Suédois·es, une vidéo de La Biologie sur l’impact environnemental de l’aviation, une table ronde animée par Reporterre sur l’avenir du secteur.

Paru en premier sur Extinction Rebellion, plus d’info sur le site

Extinction Rebellion

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