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Changement de régime – LES CONSTATS

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NOUS SOMMES MALADES D’UNE ALIMENTATION TOXIQUE…
…PRODUITE PAR UN SYSTÈME AGRICOLE À BOUT DE SOUFFLE

Aujourd’hui, 800 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde alors que 30% de la production mondiale de nourriture est gaspillée, et que l’obésité, fléau mondial, touche plus de 650 millions de personnes1°2. Ces trois chiffrent démontrent l’incapacité de notre système de production agricole à mener à bien sa mission primaire : nourrir – sainement – tout le monde. Par ailleurs, ce système agricole, piégé dans une logique de production intensive, provoque des dégâts collatéraux d’ordres SociauxÉcologiques et Sanitaires, nous menant tout droit vers l’insécurité alimentaire.

Un désastre social

Le modèle agricole actuel a paupérisé et isolé les agriculteur.ices en les dépossédant de leur savoir-faire et en cassant le tissu social en milieu rural, les transformant en simples pourvoyeurs de matière première pour une industrie agroalimentaire extractiviste. Un quart des agriculteur.ice.s en France vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui en fait la catégorie socio-professionnelle la plus touchée par le suicide. Sans compter que la concentration et la mécanisation à outrance des exploitations a détruit et exporté de nombreux emplois. Ces pratiques ont aussi contribué au déclin des dynamiques rurales et à la perte de compétences nationales historiques dans le secteur de l’agriculture3°4.

Dégradation du niveau de vie des agriculteur.ices

En France métropolitaine en 2017, la durée hebdomadaire moyenne du travail pour les agriculteur.rice.s exploitant.e.s est de près de 60 heures, contre 40 heures en moyenne pour l’ensemble des professions3.

Plus du quart des paysan.e.s vivent sous le seuil de pauvreté, avec des revenus souvent inférieurs au revenu de solidarité active (RSA). Le taux de pauvreté de la CSP Agriculteur exploitant, artisan, commerçant, chef d’entreprise est le plus élevé de l’ensemble des CSP en 2018 avec 22,4%. Les 10% les plus modestes ont un niveau de vie inférieur à 9 140 euros/an. C’est la catégorie socioprofessionnelle la plus touchée par la misère. En 2017, près de 20 % des agriculteur.rice.s ont déclaré un revenu nul, ou un déficit de leur exploitation.

En 2018, 69% des agriculteur.rice.s sont endetté.e.s, de 186 900 euros en moyenne et 10% d’entre elleux sont endetté.e.s de plus de 398 000 euros. Les agriculteur.rice.s à la retraite sont les inactif.ve.sles plus endettés, même parmi les inactif.ve.s n’ayant jamais travaillé, avec une moyenne d’endettement de 41 600 euros dont 10% d’entre elleux endetté.e.s de plus de 166 000 euros3.

En 2019, la pension retraite annuelle moyenne de base des ancien.ne.s chef.fe.s d’exploitation est de 766 euros brut mensuel. Les retraités à carrière complète au régime des salariés agricoles perçoivent une pension de 1 115 euros bruts mensuels, tandis que la pension moyenne de droit direct tous régimes confondus des retraités résidant en France est de 1 503 euros bruts par mois5.

Déclin des dynamiques rurales, emploi et compétences

Aujourd’hui l’agriculture emploie moins de 2% des actif.ve.s3 alors que ce chiffre était de 50% au début du siècle dernier. Ces dernières décennies ont vu s’accélérer le sentiment d’isolement des territoires ruraux et la perte de compétence agricole historique de la France qui met à risque notre autonomie alimentaire nationale.

Santé mentale et suicides

En 2016, 529 suicides d’agriculteur.rice.s ont été recensés4, ce qui fait d’elleux la catégorie socioprofessionnelle la plus touchée par le phénomène. Pour les personnes de 65 ans et plus, le risque de suicide est deux fois plus élevé que dans l’ensemble de la population de cette même tranche d’âge.

Nombre d’entre elleux sombrent dans l’alcoolisme et la toxicomanie, notamment les jeunes entre 18 et 30 ans. La part d’hospitalisations non programmées est plus élevée pour le régime agricole que pour les autres régimes, en particulier chez les 75 ans et plus (40,2% vs. 36,9%)4.

Un désastre écologique

L’agriculture intensive est responsable de 23% des émissions de gaz à effet de serre (GES) ce qui en fait l’une des principales causes du dérèglement climatique6. Elle est par ailleurs une des premières victimes des destructions qu’elle engendre : l’effondrement de la biodiversité, l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes (canicules, sécheresses, crues, submersions…), la dégradation des sols et la pollution des eaux font chuter les rendements agricoles. A titre d’exemple, la dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité agricole de l’ensemble de la surface terrestre mondiale7, selon le dernier rapport de l’IPBES (organe intergouvernemental scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques).

L’agriculture intensive, cause majeure du dérèglement climatique

Le dernier rapport du GIEC est formel. Les activités humaines et leurs corollaires, les émissions de gaz à effet de serre, sont à l’origine du changement climatique6. Ce sixième rapport confirme que le dérèglement climatique, de par sa vitesse et son ampleur considérables, aura des conséquences dramatiques sur le vivant dans sa globalité. Or l’agriculture émet deux principaux gaz à effet de serre (GES) : le méthane provenant principalement de l’élevage et le protoxyde d’azote provenant principalement des engrais de synthèse. En France, le secteur agricole est responsable de 20% des émissions totales de GES (83 Mt éqCO2 en 2019), c’est le 2ème poste d’émissions de GES de la France8. Ces GES contribuent largement au dérèglement climatique qui lui-même accroît la vulnérabilité des écosystèmes, le stress hydrique et in fine, conduit à la baisse des rendements9. Malgré les recommandations du Haut-Conseil pour le Climat, la réduction des émissions du secteur est faible, ce qui traduit la prise en compte marginale des objectifs climatiques et la faible volonté de transformation du secteur agricole de la part des décideurs. A titre d’exemple, les mesures dédiées au secteur agricole favorables au climat ne représentent au plus que 1,5% du plan de relance national France Relance de 100 milliards d’euros (2020-2022)8.

L’agriculture intensive, cause majeure de l’effondrement de la biodiversité

La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) alarme, dans un rapport publié en février 201910, sur le risque de pénurie alimentaire en raison de l’extinction massive de la biodiversité. En France, 19% des espèces animales ont été exterminées ou sont menacées d’extinction11. Le rythme d’extinction des espèces dans le monde est 10 à 100 fois plus élevé que dans les 10 derniers millions d’années7. Le rapport estime qu’environ 1 million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction, ce qui n’a jamais eu lieu auparavant dans l’histoire de l’humanité. En France comme dans le monde, l’agriculture intensive est la première cause de ce que les scientifiques appellent la 6ème extinction de masse. L’extension des surfaces en monoculture, l’utilisation massive d’intrants chimiques12, l’accaparement et la pollution de l’eau ont peu à peu décimé la faune et la flore. Les prairies permanentes françaises ont diminué de 25% en 35 ans13 du fait essentiellement de l’intensification agricole. 67% des zones humides ont disparu depuis le début du 20e siècle14 du fait de l’assèchement, du drainage et de la mise en culture. Depuis 1950, 70 % des haies, corridors écologiques essentiels pour maintenir la diversité des espèces, ont disparu des bocages français15. La recherche de maximisation des rendements à court terme et le besoin d’optimiser les circuits de transformation et de distribution de produits agricoles ont par ailleurs conduit l’agriculture conventionnelle à réduire la biodiversité cultivée en sélectionnant des variétés génétiquement homogènes, ce qui augmente la vulnérabilité des cultures aux perturbations climatiques ou biologiques16. Pourtant, il est essentiel de rappeler que la biodiversité est à la base de la production agricole et de nos systèmes alimentaires. Elle comprend non seulement les cultures, le bétail, les arbres et les espèces aquatiques qui nous nourrissent, mais aussi l’ensemble des plantes, animaux, insectes et micro-organismes qui soutiennent la production en fournissant des “services” indispensables comme le maintien de sols sains, la pollinisation et la purification de l’eau.

La déforestation, un facteur aggravant d’émissions des GES et d’effondrement de la biodiversité

Et pourtant, en 2017, l’Union européenne est le deuxième acteur mondial de la déforestation importée (3,5 Mha de forêts détruits entre 2005 et 2017)17. La France est l’un des principaux pays européens responsables, en particulier par ses importations de soja destinées à l’alimentation animale (plus de 3 millions de tonnes par an)8.

Pollution des sols et de la ressource en eau… qui diminue

L’agriculture intensive est à la fois le principal consommateur et pollueur d’eau. Près de 75 % des ressources mondiale en eau douce sont destinées à l’agriculture ou à l’élevage7. Cet accaparement de la ressource se manifeste aussi au niveau européen, où le secteur agricole consomme environ 40 % de la quantité totale d’eau utilisée par an18. De plus, le ruissellement d’engrais, pesticides et effluents d’élevage pollue les cours d’eau et les nappes souterraines, constituant une menace pour la santé humaine et les écosystèmes19. Le modèle agricole productiviste atteint ses limites puisque malgré l’intensification et la mécanisation croissante, les rendements stagnent voire diminuent : selon le dernier rapport de l’IPBES7, la dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité agricole de l’ensemble de la surface terrestre mondiale.

Un désastre sanitaire

Le modèle agricole productiviste repose sur l’utilisation massive d’intrants chimiques. Or, de nombreuses études ont montré le lien entre l’exposition aux pesticides et l’apparition de maladies telles que certains cancers, les maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, sclérose en plaques…), les troubles du développement cognitifs des enfants ainsi que les maladies cardiovasculaires et respiratoires type BPCO. Les agriculteur.rice.s sont les premier.e.s touché.e.s par ces maladies20,21. Malgré ces constats, l’usage des pesticides a augmenté en France de 25% en dix ans et l’Etat Français, par ses subventions et le crédit d’impôt, continue à” l’encourager22.

Diminution des propriétés des aliments

Les fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle ont un taux de concentration en métabolites secondaires et vitamine C en moyenne 12% inférieur à ceux des filières bio, provoquant des carences chez les consommateurs23.

Augmentation du risque de maladies chroniques

L’utilisation massive de pesticides et d’engrais de synthèse dans l’agriculture conventionnelle se retrouve également dans l’assiette et augmente les risques d’apparitions de plusieurs maladies, telles que certains types de cancer, Parkinson, ou encore des maladies respiratoires comme la BPCO21.  En s’appuyant sur l’état des connaissances scientifiques internationales, les inspecteurs généraux de l’administration estiment que « le risque d’exposition aux produits chimiques de la population agricole concernerait actuellement cent mille personnes. Le nombre de victimes potentielles pour lesquelles il y a une présomption forte de causalité entre la maladie et l’exposition est de l’ordre de dix mille personnes, dont deux tiers pour la maladie de Parkinson et un tiers pour les hémopathies malignes »24. Les agriculteur.rice.s sont les premières victimes. Et pourtant, en France, deuxième pays acheteur de produits phytosanitaires de l’Union européenne, la Mutualité sociale agricole (MSA) a indemnisé moins d’un millier d’agriculteur.rice.s pour des problèmes liés à ces produits au cours de la dernière décennie, toutes maladies confondues.

Ingestion de métaux lourds

Les métaux lourds (cadmium, cuivre, sélénium) présents dans les pesticides et engrais chimiques peuvent occasionner des dysfonctionnements rénaux, des maladies osseuses, des cancers du poumon, anémies, maladies du foie et digestives25.

Effets néfastes sur le développement cognitif des enfants

Aux premiers stades du développement du foetus, des doses très faibles de substances neurotoxiques présentes dans certains pesticides entravent le bon développement du cerveau26. La prévalence de l’autisme est de 1 sur 68 aux USA alors qu’elle était de 1 sur 150 en 2000 et 1 sur 2500 en 1966, avec un fort lien présupposé avec l’exposition aux produits chimiques et perturbateurs endocriniens27°28.

Augmentation de la résistance aux antibiotiques

Certaines pratiques agricoles faisant un usage important d’antibiotiques conduisent à la dissémination environnementale de gènes de résistance aux antibiotiques et à la contamination des animaux, des productions végétales et des ressources en eau29. C’est ce triple désastre – social, écologique, sanitaire – que nous dénonçons aujourd’hui. Jusqu’à obtenir gain de cause, nous ferons tout ce qui est notre pouvoir pour rappeler aux décideurs et décideuses leurs responsabilités.

Autant de raisons de demander à nos dirigeant.e.s un changement de régime. Rejoignez notre campagne pour en savoir plus et participer à nos actions de désobéissance civile.
(campagne changement de régime)

Paru en premier sur Extinction Rebellion, plus d’info sur le site

Extinction Rebellion

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