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Claire Baglin : « Le fast-food n’a jamais été un horizon d’écriture »

categorie litterature Claire Baglin : "Le fast-food n’a jamais été un horizon d’écriture"
1200x630 claire baglin 2022 portrait c mathieu zazzo hd Claire Baglin : "Le fast-food n’a jamais été un horizon d’écriture"

Dans son roman Claire Baglin donne la parole à une jeune femme travaillant dans un fastfood qui oscille entre passé et présent, entre petite enfance et entrée dans l’âge adulte. Après avoir grandi dans un milieu modeste, avec un père ouvrier, la narratrice raconte son quotidien frénétique dans ce fastfood aliénant qui va devenir un enfer.

Un roman d’apprentissage post-moderne

“Le fast-food est un endroit qui est conçu proprement pour être le même partout, pour que les gens retrouvent la même chose, que ce soit en termes de nourriture, mais aussi en termes de cadre. La plupart des espaces de fast-food sont tous, à peu près, les mêmes. Ce qui m’intéressait était de retrouver quelque chose de commun, et ne pas nommer la marque était aussi un choix pour se concentrer sur les gens qui y travaillent et sur ce qui est commun à certains emplois, c’est-à-dire l’apprentissage d’un vocabulaire, de gestes de travail mais aussi de rapports entre collègues.” Claire Baglin

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Écrire avec la parole

“L’oralité s’est révélée au moment où j’ai souhaité enregistrer mon père pour essayer de comprendre ses journées de travail à l’usine, au-delà du discours formé que l’on donne aux enfants.
Après, quand il y a eu le fast-food, les échanges entre collègues, avec les responsables, les ordres dits, les mots qu’on entend, ceux qu’on reprend ensuite, qui intègrent notre propre langage. C’est par ces mots-là que le souvenir a pu vraiment revenir. Le fait de s’approcher avec une panière de frites et de dire pour que tout le monde s’écarte “chaud frites” ou de dire “une moyenne frite en urg”, “merci moyenne frite”, des termes extrêmement réduits. Au début, je me suis interrogée sur leur place, est-ce que je garde ça ou est-ce que j’essaie de les contourner pour trouver un lieu de liberté à côté de ces mots-là ? Parce que c’était aussi les mots de ce que l’on pourrait appeler l’aliénation.” Claire Baglin

En salle

“Au fast-food, la narratrice est d’abord formée au casque pour prendre des commandes pour les voitures qui passent à côté du fast-food et ensuite elle arrive donc en salle et c’est là qu’elle comprend que le plus difficile se passe, c’est à dire que s’installe un profond ennui et c’est cet ennui-là qui est le plus difficile puisque les choses sont terminées et il faut continuer à s’activer véritablement dans un espace où on a envie ne serait-ce que de se retourner sur la travail accompli et de se dire “Maintenant c’est bon, j’ai terminé ce travail” mais ça n’arrête jamais. Il y a une lutte dans le récit où la narratrice essaie d’échapper à la salle, elle se retrouve aux frites et c’est presque un lieu de délivrance, proprement parce que la rapidité n’est pas celle désordonnée d’un service de midi mais devient cadence et […] c’est cela peut-être le moment le plus important, le moment où le mouvement est tellement endormi et répété de sorte que l’on a une prise sur le mouvement et là, la pensée peut s’insérer. ” Claire Baglin

« En salle » est en compétition pour le prix du roman des étudiants France Culture / Télérama.

Paru en premier sur Radio France

Plus d’info sur le site de Radio France

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