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Tiago Rodrigues : « J’ai toujours pensé qu’il y avait un lien entre procrastination et création »

categorie litterature Tiago Rodrigues : "J'ai toujours pensé qu'il y avait un lien entre procrastination et création"

Après Sopro, dans lequel le dramaturge s’intéressait au métier de souffleuse et aux interactions qu’elle pouvait avoir avec les acteurs et le public, il revient avec Entre les lignes. Il y fouille directement le lien qui unit dramaturge et comédien. Seul sur le plateau, Tónan Quito attend son texte, mais l’auteur qui devait l’écrire peine à rendre sa copie et le texte n’arrive pas.

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"Entre les lignes", mise en scène de Tiago Rodrigues avec le comédien Tonan Quito
« Entre les lignes », mise en scène de Tiago Rodrigues avec le comédien Tonan Quito

– Magda Bizarro

La pièce de théâtre comme roman épistolaire

« Je n’écris pas de pièces. J’écris pour des acteurs et c’est cela qui provoque des pièces de théâtre. J’écris toujours pour les comédiens qui font la pièce. C’est comme un roman épistolaire. J’écris une lettre d’amour en forme de dialogues, de monologues, n’importe quelle forme textuelle qui est toujours une lettre d’amour adressée aux comédiens. En répétitions, quand ils lisent mon texte, ils sont déjà en train d’écrire leur réponse à cette lettre. Leurs premières lectures, leurs tentatives pour jouer le texte appellent une deuxième lettre d’amour de ma part qui est la réécriture du texte. À la fin, la pièce est le résultat de toute cette correspondance prête à être partagée avec le public. » Tiago Rodrigues

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L’échec dans l’art vivant

« Les batailles qu’on mène aujourd’hui sont l’espace laissé par les échecs de nos ancêtres. Ce sont les détails qu’il faut encore changer dans la vie et le monde. L’idée d’échec est au centre de ma pièce Entre les Lignes et plus précisément au centre de notre envie de faire ce spectacle. Défendre la possibilité d’échec et pour une fois créer une pièce qui prend sa forme. Il nous effraie toujours mais on veut l’avoir à côté du théâtre. C’est d’ailleurs une des grandes puissances du théâtre : chaque représentation peut très mal se passer. Il peut y avoir des accidents, on peut faire la pire représentation possible. Ce danger de l’art vivant qui est le danger de l’échec à chaque fois est aussi une essence, un combustible, une force. » Tiago Rodrigues

Dire le texte pour ressusciter le sens

« Mon rapport aux mots vient de l’enfance. Pas nécessairement de l’apprentissage par cœur personnel mais celui des autres à mes côtés comme ma grand-mère qui apprenait énormément par cœur. Je pense toujours que le moment d’apprentissage est une façon de manger le texte pour qu’il devienne une part de nous-mêmes. Beaucoup de références véhiculent cette idée : l’Ancien Testament ou encore Ben Jonson qui est un grand poète élisabéthain. Et je pense qu’au moment de le dire à voix haute on ressuscite le sens du texte qu’on a appris en amont parfois en le sacrifiant puisqu’on le répète sans cesse pour le connaitre par cœur. Les mots rentrent dans une sorte de coma du sens. Et puis quand on le dit à voix haute en face d’autres personnes, en partage, en communion, il est ressuscité par notre voix. Le poème n’appartient plus à l’auteur mais à celui qui le dit. Ce geste qui nous semble parfois technique est d’une profondeur philosophique énorme qui se passe différemment avec chaque comédienne et comédien. » Tiago Rodrigues

Archives :

Wajdi Mouawad, émission Hors champs, Laure Adler, France Culture, 21/04/2016

Marie Joséphine Werlings, émission Les chemins de la philosophie, Adèle Van Reeth, France Culture, 16/10/2017

Maylis de Kerangal, émission L’Heure bleue, Laure Adler, France Inter, 14/06/2021

Références musicales :

Rone, Sophora Japonica

Paru en premier sur Radio France

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