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Beata Umubyeyi Mairesse : « La littérature est une surface de réparation »

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1200x630 capture d ecran 2022 11 18 115051 Beata Umubyeyi Mairesse : "La littérature est une surface de réparation"

En 1954, le Rwanda est sous tutelle belge. Consolée, fille d’un blanc et d’une Rwandaise, est retirée à sa famille et placée dans une institution pour « enfants mulâtres ». 65 ans plus tard, Ramata, une quinquagénaire sénégalaise en formation dans un Ephad bordelais, rencontre Astrida, une femme métisse atteinte d’Alzheimer qui s’est mise à parler une langue inconnue. En tentant de reconstituer le puzzle de sa vie, Ramata se retrouve confrontée à son propre destin familial et aux difficultés d’être noire aujourd’hui dans l’Hexagone.

De la crise à la conscience des origines :

« Le personnage de Ramata dans mon roman est au mi-temps de sa vie. Elle a cinquante ans et sort ou est peut-être encore dans une crise qui est au départ une souffrance psychique avec un burn-out. Elle était jusqu’à lors cadre dans une collectivité territoriale et on peut dire qu’elle a réussi sa vie. Mais, à un moment donné, elle ne va plus pouvoir continuer à avancer dans ce qu’elle réalise être quelque part une histoire fausse. Ce qu’elle n’a pas voulu voir jusqu’à lors c’est sa couleur de peau. En tout cas, ce que sa couleur de peau mais aussi sa religion et ses origines lui empêchaient d’obtenir en termes d’identité dans la France d’aujourd’hui. Elle décide donc de partir vers le soin de ceux qui sont au bout du chemin et va essayer par son travail de se réparer elle-même. Mais aussi, grâce à une rencontre dans l’EPAD, elle va essayer de réparer quelque chose de la grande Histoire qui est celle de la colonisation et de la post-colonisation. » Beata Umubyeyi Mairesse

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Métissage et colonisation :

« J’ai découvert le mot « mulâtre » assez tardivement arrivée en France. Quand j’étais petite on disait que j’étais une mulâtresse et je pensais que c’était un mot comme tous les autres, interchangeable avec le mot métis. J’ai découvert que la racine de ce mot était « mulet », c’est-à-dire cet animal qui est censé être contre nature, qui naît d’une jument et d’un âne. J’ai compris qu’en décidant d’appeler ainsi les enfants qui naissaient de la rencontre entre les blancs et les noirs à l’époque coloniale et même avant, c’était une façon de dire que leur existence même était contre nature et qu’elle n’aurait pas dû advenir. Il était important pour moi d’en parler dans mon roman. C’est tout le fondement de l’histoire de ces métis des colonies. À partir du moment où la colonisation se basait sur l’inégalité supposée entre les races noires et blanches, il ne devait pas y avoir de mélanges. » Beata Umubyeyi Mairesse

L’importance du mélange des langues :

« J’écris en français depuis ma langue maternelle qui est le kinyarwanda. J’ai donc plusieurs imaginaires qui irriguent ma langue. Cela veut aussi dire que j’ai une langue qui est constituée à la fois d’une oralité et de la littérature française donc ça crée ce que l’écrivain Patrick Chamoiseau appelle l’ « oraliture ». Par exemple mon premier recueil de nouvelles s’appelle Ejo qui est le même mot en kinyarwanda pour dire « hier » et « demain ». Cela symbolisait exactement mon projet de parler de l’avant et de l’après génocide contre les Tutsi. Aussi les proverbes sont extrêmement présents ; ce ne sont pas justes des maximes qui disent le temps qu’il fait sinon des mondes en miniatures. Et en déroulant ces proverbes on découvre tout un récit qu’un peuple peut s’offrir à lui-même et au monde. » Beata Umubyeyi Mairesse

Archives :

Lydie Salvaire, émission L’Humeur vagabonde, Kathleen Evin, France Inter, 28/08/2014

Laure Adler, émission La Grande table des idées, Olivia Gesbert, France Culture, 22/09/2020

Références musicales :

Sophie Birch, Loph

Gaël Faye, Chaloupé

Godspeed You ! Black Emperor, 01.01.09

Léonie Pernet, Consolation

Paru en premier sur Radio France

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