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La carte blanche musicale de Lola Lafon

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Comme chaque dernier vendredi du mois, Par les temps qui courent propose une carte blanche musicale à un.e invité.e. Une huitaine de morceaux pour raconter quelque chose de son rapport au monde, au son, et à l’époque. Ce soir, nous découvrons la playlist de la romancière Lola Lafon qui publie en 2022 Quand tu écouteras cette chanson aux éditions Stock. Son roman lui a valu le prix Les Inrockuptibles 2022.

Quel morceau vous semble parler à ce que vous êtes profondément ?

Killing in the name de Rage Against the Machine. Je crois que c’est un morceau qui a été déterminant puisqu’il m’a poussée à prendre des décisions. Je ne sais pas s’il me représente mais il a été très important pour sortir d’une relation d’emprise. Cette chanson et cet album entièrement exprimaient ce que je n’arrivais pas à exprimer à l’époque. J’ai l’impression que c’est la musique qui m’a infusé de ce courage-là. Ce morceau donne envie de tout casser et c’est salutaire. Il m’a donné le courage de ne pas me rendre à un rendez-vous.

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Il y a aussi le ballet Giselle d’Adolphe Adam. Ce morceau évoque la danse qui est un vocabulaire qu’on n’oublie jamais quand on l’a pratiqué et parlé tous les jours. Quand j’entends Giselle je vois absolument tous les moments, tous les gestes. C’est peut-être une façon de « marquer » comme on dit en danse. C’est-à-dire ne pas faire complétement les mouvements pour ne pas se fatiguer mais les répéter. Je marque dans ma tête ce ballet extrêmement riche.

Quel morceau évoque l’apprentissage de la musique si elle vous a été enseignée ?

C’est le morceau Hey Big Spencer issu de la comédie musicale Sweety Charity de Bob Fosse. Je me suis rendue compte que le moment où j’ai appris la musique c’était dans une école de comédie musicale à New-York. J’ai appris la danse, le chant et la musique en même temps. La chorégraphie de Bob Fosse est très dure à faire. C’était quand même très joyeux et vivant. Je me suis retrouvée dans la classe de trente-cinq américains tous plus géniaux les uns que les autres. J’ai tout appris là-bas, ça a changé ma vie.

Quel morceau vous fait penser à quelqu’un.e que vous avez beaucoup aimé ?

Five Years de David Bowie. Je crois que je ne suis toujours pas remise de sa mort. Il m’a tellement accompagnée depuis l’adolescence. J’avais écrit quelque chose sur lui qui devait être dans mon roman Quand tu écouteras cette chanson mais je l’ai enlevée. Bowie avait dit dans une interview que la plupart des gens disent que leur famille est folle. Et que la sienne l’était vraiment. Je m’étais dit que j’allais prendre cette phrase car elle est vraie pour moi. Il s’est réinventé tout le temps c’est-à-dire qu’au lieu d’exploiter quelque chose qu’il savait faire, il a tout le temps cassé ce qu’il faisait qu’on avait pourtant adoré. C’était terrible d’aimer David Bowie parce que si vous aimiez un album, après il en faisait un autre qui ne lui ressemblait pas du tout.

Quel morceau vous impressionne ?

La Chaconne de Bach. Je ne sais pas comment ne pas être impressionnée par ce morceau. La musique de Bach est de toute façon toujours très impressionnante. C’est une création que l’on comprend tout de suite comme quelque chose d’exceptionnel, de majeur et de novateur. On ne peut pas la ranger dans une catégorie. C’est comme ça que j’ai compris la question sur le morceau qui impressionne. Quand on entend ça, on ne peut pas imaginer quand cela a été composé, la modernité du rythme, les attaques sont presque féroces. Ce morceau est déchirant, le rythme continue à avancer. On m’a dit que c’était très dur à jouer. J’ai connu ce morceau par un ballet du chorégraphe William Forsythe où je me suis retrouvée à pleurer de beauté.

Quel morceau évoque un concert mémorable ?

Grace de Jeff Buckley. J’ai fait exprès de choisir un vieux souvenir parce que je voulais parler du lien entre littérature et concert puisque cet événement est dans mon précédent roman Chavirer. Finalement il soulève la question de la transformation du réel. Dans la vraie vie, je suis allée à ce concert, j’ai vu Jeff Buckley de son vivant, c’est incroyable. Quand j’ai voulu dans Chavirer écrire cette scène au concert je me suis dit « voilà un bon exemple de vengeance du réel par la fiction » puisque l’esclandre qui advient dans cette scène particulière c’était moi qui l’avait créée à l’époque et non le personnage de Cléo dans le livre. Maintenant je vous dis que ce concert était incroyable mais en réalité quand j’y étais, j’ai pensé « il a tout le temps les yeux fermés, il a l’air défoncé » ; j’étais gênée. La beauté finalement met du temps à se déployer.

Quel morceau faites-vous écouter aux autres comme on offre un cadeau ?

Hope there’s someone de la chanteuse Anohni du groupe Anthony and the Johnsons. Je me souviens du moment où on m’a fait écouter cette musique. J’étais avec des amis et on s’est tus. Nous étions sidérés. Ce n’était pas possible de parler sur ce morceau car tout en lui est une offrande, une sorte d’impudeur sublime.

Références musicales :

Rage Against the MachineKilling in the name

Adolphe Adam, Ballet Giselleadage de l’acte 2, orchestre de l’opéra royal de Covent Garden

Bande originale du film Sweet Charity de Bob Fosse, Hey Big Spender

David Bowie, Five years

Jean-Sébastien Bach, la Chaconne, par Itzhak Perlman

Jeff BuckleyGrace

Anthony and the Johnsons, Hope there’s someone

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