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Carte blanche musicale « étrange » de Betrand Mandico

categorie litterature Carte blanche musicale "étrange" de Betrand Mandico

Les films de Bertrand Mandico n’hésitent pas à créer des mondes singuliers et étranges. À travers ses choix musicaux, nous évoquerons cet imaginaire et conclurons cette semaine étrange noël en dansant !

Z Carte blanche musicale "étrange" de Betrand Mandico

"Etrange Noël de France Culture"
« Etrange Noël de France Culture »

© Radio France – France Culture

Quel morceau vous semble parler à ce qu’il y a de plus étrange en vous ?

« C’est le morceau Death de Mica Levi. Je suis tombé complétement amoureux du travail de Mica Levi. J’ai découvert sa musique grâce au film de Jonathan Glazer Under the Skin. J’ai adoré ce film mais je pense que la musique m’a encore plus hanté que les images. Cette musique est révélatrice d’un décalage qui peut s’opérer entre musique et image, et d’un accompagnement aussi entre les deux. J’associe toujours la musique à l’image en mouvement. Je n’arrive pas à écouter la musique les yeux fermés, il y a toujours de l’image et en particulier des souvenirs et des sensations liés au cinéma. La musique de Mica Levi crée une cohérence dans le film de Glazer et va appuyer son climat profondément inquiétant et étrange. »

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Quel morceau évoque votre plus ancien souvenir d’émotion musicale ?

« C’est un extrait de la bande originale du film La Planète Sauvage d’Alain Goraguer. Mon rapport à la musique s’est vraiment construit avec le cinéma. Cela m’a aussi permis d’avoir une culture hétéroclite de la musique. Souvent, son apprentissage se fait par la radio, par des membres de la famille qui nous font écouter des disques ce qui n’était pas le cas chez moi. C’est par le cinéma que j’ai pu atteindre la musique. La bande originale de film en général contient à la fois des morceaux pop, des morceaux classiques, d’autres plus expérimentaux. C’est une vraie auberge espagnole. Les images extrêmement étranges de La Planète Sauvage, la cruauté du film, l’univers surréel cohabitant avec la musique de Goraguer extrêmement pop et sensuelle étaient un télescopage que je trouvais et trouve toujours hallucinant. »

Quel morceau alimente/encourage votre bizarrerie ?

« My Little Rooster d’Almeda Riddle. C’est encore lié au cinéma, ce morceau ouvre le film Gummo, premier long métrage d’Harmony Korine. C’est une contine pour enfants chantée a cappella. Je me souviens avoir pris une vraie claque en voyant ce film, notamment dans son rapport au « white trash », à ses enfants perdus dans une Amérique en pleine déperdition. Ce chant naïf venait s’associer à ces images un peu dures d’enfants. Cela m’a absolument fasciné, comme si tout un continent s’ouvrait. »

Quel morceau faites-vous écouter aux autres comme on montre un recoin secret de sa maison ?

« C’est le morceau I’ve seen that face before (Libertango) de Grace Jones qui contient l’idée d’un collage musical. Grace Jones est une créature, un personnage extrêmement fascinant. C’est comme si elle contenait en elle le monde moderne, le monde actuel. L’aspect androgyne de sa personne était quelque chose d’assez marquant à l’époque. Musicalement, pour moi, ça ne ressemblait à rien d’autre mais évoquait plein de choses. Je pense à cet aspect clubbing, à la fois disco et tango. J’ai l’impression que dans cette chanson il y a une partie de moi-même, pas liée aux souvenirs mais à ce côté collage et créature. »

Quel morceau évoque un souvenir de concert très inhabituel ?

« My prayer du groupe The Platters. J’écoutais ce groupe un peu avant que mon film Les garçons sauvages ne sorte. Ce morceau est présent dans la saison 3 de la série Twin Peaks. J’écoutais cette musique dans mon casque le long du Canal de l’Ourcq à Paris. C’était l’hiver, il faisait très froid. J’ai fait un pas de côté et je suis tombé dans le Canal. C’était très étrange, en pleine nuit. J’étais complétement surpris de ce qui m’arrivait. Ce qui était complétement fou c’est que la musique a continué un petit moment. J’étais la tête vers les profondeurs, je voyais mes pieds, la lumière, j’étais en train de m’enfoncer. J’ai réussi à sortir de l’eau, des personnes m’ont aidé et calmé. J’ai vraiment eu honte de ce pas de côté. »

Quel morceau dit quelque chose de l’étrangeté de notre époque ?

« C’est Answering machine **d’**Oneohtrix Point Never. Ce que j’aime avec ce musicien qui fait aussi des musiques de film, c’est qu’il y a un recyclage. J’entends Steve Reich, des expérimentations qui sont recyclées. Il travaille sur des idées de cycles qui sont lancinantes. Je pense à Terry Riley et tous ces courants-là. Et, cet artiste en fait quand même quelque chose de pop musique expérimentale. C’est ça qui pour moi parle de l’époque. On est dans un recyclage perpétuel et en même temps les choses avancent. On arrive à faire du neuf avec du vieux. C’est toujours important de remettre au goût du jour certaines recherches pour en faire de nouvelles. »

Quel morceau vous fait penser à quelqu’un qui apparaît souvent dans vos rêves ?

« Doina : « Sus pe culmea dealului » de Zamfir. C’est comme une chimère, un cheval décharné avec un long coup comme un serpent avec une sorte de visage ou de masque humain qui apparaît dans mes rêves. Dans des montagnes, il vient me visiter et me regarder. Cette musique m’évoque cette créature-là. Je pense que c’est la flûte de pan de Zamfir qui me fait voir ce coup tortueux. C’est aussi la bande originale du film Picnic Hanging Rock de Peter Weir qui raconte l’histoire d’une disparition de jeunes filles dans les montagnes en Australie au siècle dernier. Donc j’ai cette vision un peu évanescente dans ces montagnes, le mystère, la porte qui s’ouvre vers un autre monde. »

Références musicales :

Mica Levi, Death

Alain Goraguer, Générique, extrait de la bande originale de son film La Planète Sauvage

Almeda Riddle, My little rooster

Grace Jones, I’ve seen that face before (Libertango)

The Platters, My prayer

Oneohtrix Point Never, Answering machine

Gheorghe Zamfir, Doina : « Sus pe culmea dealului »

Paru en premier sur Radio France

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